Ce cliché illustre à merveille la nouvelle donne, qui voit le public s’emparer des outils des journalistes et  faire une partie de leur job : ici la collecte, y compris pour des évènements archi prévus, comme l’apparition d’un homme célèbre.  Ces derniers jours aussi, c’est sur Twitter que les infos des témoins sont venues des attentats en Inde.

Examinons les autres grandes fonctions traditionnelles des journalistes professionnels:

  1. Le tri, la vérification, la hiérarchisation et la présentation des informations. Certains estiment que cette partie est, aussi, de plus en plus partagée, notamment par les blogueurs. Mais j’ai des doutes sur la vérification. D’où une des pistes probables pour l’avenir de la profession dans la validation.  Même si Scobleizer explique bien ce week-end comment ce sont ses lecteurs qui éditent très vite ses erreurs.
  2. L’explication, la mise en perspective, l’analyse. Là encore, la concurrence est rude, et vient des experts, dont les avis sont désormais plus accessibles via le réseau.   
  3. L’enquête. C’est probablement, la mission la moins contestée, mais la plus difficile à financer aujourd’hui.
  4. Fixer l’agenda. Comme le dit très bien vendredi  Ethan Zuckerman, à la fin de son billet, il reste ce plaisir, cet « heureux hasard » (« serendipity » en anglais), qui nous fait rencontrer une "Une" confectionnée par des professionnels, et offre un panorama sur l’actualité. Tout le contraire des tunnels d’infos  (il est vrai très addictifs) au sein de ses propres communautés d’intérêts (Facebook, Twitter, Freindfeed)qui nous font croiser uniquement des nouvelles qui nous sont proches.

Il y en a d’autres qui se dessinent :

  • Guide, (ou « accompagnateur » comme le dit Benoît Raphael du Post.fr). Dans la course à l’attention qui se joue, je crois beaucoup à cette mission de guide, de filtre, de « journaliste dépollueur », de « news manager » pour indiquer, montrer, par des liens, les choses plus intéressantes. C’est le journalisme de liens, en plein développement, qui remplace le journalisme d’affirmation. Les Américains parlent de « news curator », au sens « conservateur » d’un musé ou d’une exposition. C’est lui  qui choisit les tableaux. Un « news jockey », un écologiste de l’information !
  • « Forum leader » : organiser les conversations vers des débats constructifs, pour améliorer la connaissance.
  • Aggrégateur humain et re-médiateur, selon les formules de Narvic sur Novovision.
  • Journalisme d’engagement : embrasser l’activisme pour faire changer les choses. Plus courant en Europe qu’aux USA.
  • Journalisme visuel : créer et produire des contenus numériques très visuels pour attirer l’attention des gens et fournir les infos par l’image, fixe ou animée, les graphiques, bientôt la 3D. Le texte ne venant qu’en second, en illustration. C’est un mouvement en plein essor aujourd’hui. Les moteurs de recherche visuels s’y mettent : spacetime,  searchme (spectaculaires).

Et probablement d’autres à inventer.

Et puis, reconnaissons le, c’est quand même le pro qui a pris le bon cliché ! Même si le panorama est bien aussi.