Interrogé par le Club Medias & Entertainment de l’INSEAD Alumni Association sur les Etats Généraux de la Presse qui se tiendront cet automne, PJ Bozo recommande « de ne pas se focaliser sur les problèmes de distribution, comme le voudrait le Président Sarkozy ».

« Le premier problème est un problème de contenus pas adaptés. Le second est la question de l’éthique des journalistes, confrontés à la perte de confiance du public et au déclin  de leur crédibilité ».

Il estime que 20 Minutes répond plutôt bien à ce double défi : en « donnant au lecteur ce qu’il a besoin de savoir », de manière pratique et agréable, tout en exigeant de ses journalistes une éthique « des droits et des devoirs », inscrite en annexe de leurs contrats de travail.  

EXTRAITS :

Les contenus de 20 Minutes ?

Print :« Quatre composantes pour les news: elles doivent être essentielles, utiles, locales et fun » dans le cadre d’une double fonction : « nécessité & séduction ». C’est–à-dire « rendre l’actu compréhensible », et faire de la «photo, un instrument d’écriture pour donner  du sens».  

« Non au prisme élitiste --200 Germanopratins qui parlent à 200 Germanopratins-- , non au prisme politicien».

Site web: c’est « l’info en continu, ce qui se dit en en ville », « du direct comme à la TV », « couverture live de manifestations sportives ou de discours importants ». Une cinquantaine de blogs, dont certains rémunérés.

Sa vision du marché actuel?

  • « Visqueux et obscur », depuis le début 2008. « On peut se poser des questions » sur la fin d’année. Mais « nous sommes sur un segment large des mass media et il faudra se battre».
  • Y a-t-il de la place pour 4 gratuits en France ?  PJ Bozo n’en voir que pour deux. (Sous entendu : 20 Minutes et Métro). En Suisse, en tous cas, six gratuits prospèrent.

Ses résultats?

1er semestre 2008 : marge de 9,5%,  bénéfice = 1,4 million d’euros.

 L’avenir ?

  • « L’évolution est sur l’Internet classique », mais aujourd’hui « le web reste un marché émergeant ».
  • Le mobile ? « Le modèle économique n’est pas figé ». Entendez : on cherche encore !
  • L’e-book ? Encore « trop de contraintes » physiques aujourd’hui. Il faut attendre la feuille flexible.

Il veut bâtir « une maison média », a « media house » avec en print, des éditions hebdomadaires, et en ligne, des projets en  web TV, web radio et mobiles.  

Son modèle d’affaires ?

  • « 98% des revenus viennent du print, 2% du web et 0% des mobiles ». « 75% des revenus print viennent de l’édition nationale ». « Il y a un petit réservoir dans le multi-local » (opérations pub en couplage sur plusieurs villes).  
  • « Tout externaliser (y compris les RH, le juridique, l’informatique, la distribution, l’imprimerie, la compta etc ….sauf la rédaction et le commercial »,
  • « Nouvelles logiques de géo-marketing, chrono-marketing et street-marketing ». Une bonne part de la croissance du CA s’est faite ces derniers temps par des opérations d’animations de quartier sponsorisées. 

Les problèmes de distribution ?

« Il faut doubler le nombre de points de vente et dessiner une nouvelle cartographie ». Par rapport à sa population, si la France voulait avoir le même nombre de points de vente qu’en Allemagne ou en Pologne, il en faudrait 60 à 70.000 contre 30.00 aujourd’hui, dont de très nombreux sont inutiles et datent de l’après-guerre.

L’audience de 20 Minutes ?

  • En print, c’est le 1er quotidien français depuis un an avec plus de 2 millions de lecteurs.8 éditions, diffusion de 786.000 exemplaires, 740.000 certifiés. Leader sur les jeunes actifs urbains. Lectorat : +de 50% de femmes, technophiles, 36 ans de moyenne d’âge, diplômés.
  • Site web : un peu plus de 2 millions de visiteurs/ mois. C’est le 4ème site de news français derrière Le Monde, Le Figaro et TF1.
  • Mobiles : 3ème site de news sur mobiles derrière Le Monde et LCI.

Formats:

  • Print : le plus petit du marché. Pas d’encre qui tache. Photos couleur de qualité. 11 imprimeries utilisées, 15.000 km de transport toutes les nuits, « réglées au quart d’heure pres »
  • Web : une gigantesque « front page », héritée du modèle Schibsted, l’actionnaire norvégien, et divisée en trois : hard news, le centre en partage video/audio, le reste en blogs et réactions, même sur les sujets qui fâchent (Moyen Orient, …) 


Les rédactions de 20 Minutes ?  

« 2 lignes éditoriales différentes, 2 rédactions dédiées, 1 seul plateau open space, un couloir entre les 2 ». « Le pontage éditorial (NDLR : la couverture des sujets) va du web au print et non l’inverse ».

92 journalistes permanents + pigistes = « l’équivalent de 130 journalistes à temps plein, soit plus que les rédactions d’Europe1, RTL ou France Info ».7 bureaux en dehors de Paris.

Web = 20 journalistes

Staff total: 200 personnes.


Les qualités recherchées à l’embauche des journalistes ?

« L’ouverture d’esprit, l’écoute des lecteurs et des internautes. Ne pas écrire pour son plaisir mais pour être lu».

 

(Rappel : 20 Minutes est détenu à 50/50 par le novégien Schibsted et le groupe Ouest France).