Web journalisme : déjà le clash des générations
Le modèle économique des médias ? Par terre, en morceaux. Et probablement pour un bon moment. Tout le monde le sait!
Mais ce qui m’a paru très nouveau, au terme de la plus importante conférence américaine sur le web journalisme -- 850 professionnels de l’information en ligne --, qui s’est achevée ce week-end à Washington, c’est la volonté de plus en plus affichée des nouveaux responsables éditoriaux, « nés » avec le numérique, de le ramasser et de prendre le relais.
Acteurs d’une tension croissante entre les générations pour le leadership dans les médias, ils le disent désormais haut et fort, et piaffent devant l’impuissance des « anciens ».

« Laissez les gens du web prendre les décisions ! », « Comment avez-vous pu accepter une division par 10 de la pub, via le troc de dollars gagnés dans l’imprimé ou à la télé, contre les pennies de l’Internet ? ». « Comment avez-vous pu vous laisser dessaisir aussi facilement de la vache à lait que constituait la rente du monopole artificiel des petites annonces sans réagir avec des propositions technologiques innovantes? », « Comment avez-vous pu laisser nos contenus devenir gratuits ? », « Pourquoi continuer avec des recettes qui ne marchent pas, et surtout des gens qui ne comprennent pas les nouveaux paradigmes? », a-t-on entendu en séance plénière finale, dans les multiples sessions de travail et les couloirs.
Témoin aussi de ce fossé des générations, creusé par l’accélération des technos et des usages, est le trouble palpable à Washington causé par l’arrivée du « web vivant », le « live streaming » : autrement dit la folie Twitter et autre Friendfeed, qui désarçonnent nombre de rédacteurs-en-chef!
L’édition 08 de l’ONA (Online News Association), s’est vraiment terminée sur une note aigre douce.
- Espoir bien sûr, avec l’énergie produite par l’envolée de la vidéo dans les rédactions des journaux, et un journalisme de plus en plus visuel. Dix ans après l’arrivée de l’Internet dans la presse, et grâce à ses nouveaux outils, les médias racontent le monde de manière différente.
- Mais aussi inquiétudes, car le compte n’y est toujours pas. Loin de là. Dix ans après, aussi, le web arrive avec peine à représenter …10% des revenus des journaux US. Impossible de faire vivre les rédactions. « Nous n’arrivons pas à monétiser le web assez vite ». Pire : l’objectif de tous (autour de 20 à 25%) ne semble pas du tout à portée de main. Le consensus tourne autour « de 5 à 6 ans ».
Le modèle d’affaires est bien cassé avec la chute accélérée de la diffusion et des audiences, sans que l’Internet, et encore moins les mobiles, ne soient en mesure de prendre, à court ou moyen terme, le relais.
Dans le même temps, la couverture internationale, et—fait nouveau—nationale, sont désormais publiquement abandonnées aux agences de presse, pour garder des forces sur le « local, voire le hyper local ». Le financement d’un vrai journalisme d’investigation de qualité est de plus en plus introuvable, sauf à recourir à des solutions à but non lucratif (fondations, trusts...). Plus surprenant : l’intégration des rédactions (classique et Web), où les tensions générationnelles sont loin d’être absentes, continue de poser de gros problèmes.
Certains sites d’infos verticaux, comme le Huffington Post, réussissent, mais ne paient guère pour les contenus, se contentant d’héberger des contributions et de tirer des liens vers les sites jugés pertinents. Cette nouvelle « économie des liens », chère à Jeff Jarvis, était aussi au centre de toutes les discussions. Avec un mot de plus en plus présent : « curation » ou « curator » (dans le sens du conservateur d’une exposition qui choisit les toiles qu’il expose – ici les liens et les sources. Le journalisme de liens, avec sa voix et ses choix assumés. L’ironie, ici, c’est la définition qu'en donne en français le Petit Larousse pour « curateur » : « Personne chargée d’assister un incapable majeur » !
Pour les journaux quelques pistes ont aussi été proposées avec insistance:
- Séparer les business « journalisme » du reste, y compris des imprimeries et de la distribution. Pour garder son journalisme, le Washington Post, comme le NYTimes, le financent avec des activités connexes (éducation, sites marchands…).
- Annoncer à l’avance une date butoir d’arrêt du « print », expliquer au lectorat les problèmes actuels et les projets à 3/5 ans pour en sortir.
- Booster le web, et pour le print, devenir des magazines hebdomadaires.
Enfin, dans un tel environnement où les solidarités peuvent être inventives, surtout pour un média global, comment ne pas regretter l’absence quasi-totale des professionnels français à cette conférence (sauf erreur, je n’y ai vu que David Botbol de France Télévision Interactive) où nombre de britanniques, espagnols, scandinaves, allemands, brésiliens, canadiens étaient présents ?





Comments
Nous sommes dans une période de transition, la publicité va prendre de la valeur a fur et à mesure sur l'Internet. Le modèle papier a selon moi que très peu d'avenir mais les annonceurs auront toujours des trucs à vendre il faudra donc faire de la promo ailleurs que dans nos canards, le web c'est l'avenir du marketing, il faut juste attendre que le marché évolue je crois.
D'accord avec vous mais tout le problème est de savoir combien de temps les journaux auront le temps de tenir avant que le web devienne une source sérieuse de revenus.
Au 2eme trimestre, pour la 1ère fois, la pub dans les journaux a même reculé d'une année sur l'autre.
Il m'est d'avis que la croissance de la publicité sur Internet va être tirée surtout par des effets de volume et à la marge en valeur.
De plus la publicité à "valeur" sur Internet ne concerne pas nécessairement les journaux papiers reconvertis mais davantage les blogs "rémunérés" ou publicité virale.
En outre, et l'article le rappel, les coûts d'entrés sur le marché de l'internet est très faible ce qui permet une concurrence de plus en plus rude pour attirer les annonceurs. Ce phénomène va dans le sens d'une croissance en volume de la publicité et non en valeur. Cela ne convient pas aux journaux qui créent des contenus dont les coûts de production (maintien du rédaction type papier) sont élevés. Ce dilemme confirme la difficulté pour les journaux papiers de s'adapter à l'internet qui est un média offrant des perspectives de revenus mais trop faibles par rapport à leurs coûts.
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