Pour le président de France Télévisions, il faudrait organiser le net, « le professionnaliser, y mettre de l’éthique ». « Ce qu’il ya sur le net est pérenne. Cela fait beaucoup de mal quand c’est faux ».

L’académicien Erik Orsenna en a rajouté un peu, sur le thème du « manque de profondeur, de vérification et de hiérarchie » de l’information:

« s’exprimer et communiquer, est-ce réfléchir ? S’exprimer, c’est souvent pour ne pas réfléchir ! ». 

Beytout, commentant l’essor de quelques nouveaux entrants médias  (entendez Rue 89 ou MediaPart) estime qu’étant « toujours à la recherche d’argent et d’audience », ces pure-players vont connaitre, après un succès initial, des lendemains qui déchantent. « Cela va être plus compliqué, pour faire les comptes, accepter de perdre de l’argent, accepter de jouer avec les mêmes règles du jeu que nous ».  Non, « le journalisme d’investigation n’a pas droit à l’erreur ». Il faut faire attention à ne dire que des choses exactes ».  Carolis, comme Beytout, se sont en outre interrogés sur les scoops délivrés par ce type de médias.

« Le problème, a ajouté Beytout, c’est que les gens apprécient parfois des infos qui ne sont pas tout à fait exactes. Sur le thème « c’est faux OK. Mais ce n’est pas grave, c’est marrant ! ». « Il n’y pas de responsabilité sur Internet ».

« Nos métiers ne sont pas des métiers de solitaires mais de groupes et d’équipes. Cela permet d’éviter les erreurs », a ajouté de Carolis.

Le monde des médias « a besoin de professionnels de haut niveau dotés d’une éthique de responsabilité, vis-à-vis de l’intime, de la vérité, et du monde réel», avait prévenu en introduction Michel Boyon,  président du CSA.

---- Mais plus intéressante encore fut la reconnaissance par les intervenants de la fin du « top down » dans notre société et les entreprises, mais aussi de la légitimité exclusive des médias.  

Raymond Soubie, conseiller du Président de la République, notamment en matière sociale, en a fait un constat froid : « les médias ne suivent pas les tendances de fond ».  « Les Français prennent aussi leur distance par rapport aux médias ».

Pour  Soubie, deux grandes évolutions sociales et de communications sont apparues ces dernières années:

  • « la fin du principe d’autorité, qui ne marche plus. Il faut  expliquer et convaincre, et donc un talent de conviction. Il n’y a plus de décision importante sans recourir à la conviction »
  • « La multiplication par 1.000 des moyens de communications. D’où la difficulté croissante pour convaincre les gens »

« Le centre a changé » a reconnu de Carolis. L’émetteur, les gros médias, qui avaient la légitimité ne l’ont plus.  Aujourd’hui, « le centre s’est déplacé vers le récepteur. Il y a des millions d’émetteurs qui deviennent chacun des médias ». « Les professionnels restent, eux, enfermés dans leurs règles, et essaient d’établir une confiance » avec leur audience. Les blogs « n’ont pas de règles ou de CSA ! ».   

Face à « la crise du résultat du politique et du capitalisme économique »,  il faut s’attendre à  l’essor du « tout à l’égo », et à un regain massif d’abstentionnisme politique, a estimé Jean-Marc Lech, co-président d’Ipsos.  Pour lui, la société est confrontée aujourd’hui à « une chute de la notion d’autorité » dans la politique, les médias, les marques.  Il conseille de « retrouver de la légitimité. Sinon, cours, le consommateur est devant toi ». « Nous sommes dans un univers qui recule, mature, et s’éloigne de tout discours éditorial »

Pour Roland Cayrol, patron de l’institut de sondage CSA-opinion, « les gens sont de plus en plus méfiants ». Tous les « ismes » sont rejetés : capitalisme, communisme, socialisme…

Un peu plus, il ajoutait journalisme…. Au contraire, même s’il reconnait « une méfiance à l’égard des corps intermédiaires », il a estimé que « les gens ont aujourd’hui encore plus besoin des médias pour fabriquer leurs décisions ». « Mais les journalistes ont-ils conscience de cette responsabilité accrue ? Et sont-ils toujours à la hauteur ? ».

Le mot de la fin pour le président de l’Université Paris- Sorbonne, Georges Molinié , qui  a réclamé des étudiants du CELSA en journalisme, communication et ressources humaines, qu’il entend former « à la sensibilité organique de la différence », « le sens et une exigence permanente de l’historicité et de l’humain ». Le cœur des humanités.