Des rustines existent pour le NYT : vendre le Boston Globe, ses parts dans l’équipe de baseball des Red Sox, le nouvel immeuble du siège à NYC, ou le seul actif qui dégage des marges, le site About.com. D’autres hypothèses passent par de potentiels acheteurs : Murdoch, Bloomberg, Google... Mais le NYT, tel que nous le connaissons, ne sera pas le même à la fin de l’année. Bien évidemment, la plupart des journaux US sont dans une situation analogue

     La migration vers le tout numérique n’est aujourd’hui pas viable, car, comme l’indique The Atlantic, un NYT uniquement sur le web ne pourrait faire vivre que 20% de sa rédaction, même avec ses 20 millions de visiteurs uniques actuels par mois.

     Faute d’un sursaut civique des Américains, peu probable en raison de la déconnexion entre journalistes et population, le magazine prédit, pour la presse, un futur à la Huffington Post amélioré, passant par une bonne dose d’agrégation, un vaste recours à des contributeurs extérieurs, et une offre supérieure de reportages originaux.

« Ce mix permet de pré-digérer des news importantes aux yeux des lecteurs pour coût minimum (Entendez : disponibles sur le web !), tout en mettant ses ressources sur les affaires à plus fort impact ». « Ce qui manque encore à HuffPo, mais dont disposera un futur NYT tout numérique, c’est de contributeurs capables de fixer l’agenda de l’actualité, de mener des enquêtes longues et de sortir des scoops importants ».     

    Les réactions à cet article ont été nombreuses. La disparition du NYT, même seulement imprimé, « sera pour le journalisme, l’équivalent d’une explosion nucléaire » et, s’il ne subsiste que sur le Net, la marque d’une baisse de qualité du journalisme dans son ensemble. Venture Beat, qui estime que l’Internet permet de valoriser chaque page, calcule que pour financer un seul article de fond du « niveau NYT », il faut de 100.000 à un million de visites pour cet article.

    Poynter Media estime que les chiffres de l’Atlantic sont exagérés, que le NYT pourra faire face à ses échéances financières de mai, et que la plupart des solutions envisagées sont déjà en cours d’implémentation. Evaluant la mutation en années plutôt qu’en mois, Poynter ne croit pas au modèle HuffPost, mais plutôt à une syndication de ressources éditoriales professionnelles.

    Portfolio (Condé Nast), qui estime probable l’arrêt de nombreux petits titres, n’envisage pas sérieusement non plus à l’arrêt prochain des rotatives du NYT, en raison de l’extraordinaire efficacité de son support papier pour attirer la publicité.

   

     Mais une chose est sûre, c’est que le temps est compté : l’Université Wharton exhorte les journaux à trouver urgemment un nouveau modèle d’affaires avant de disparaître. Car, contrairement à l’automobile ou à l’immobilier, les changements ne sont pas ici cycliques, mais fondamentaux. Pour s’en sortir, les média-watchers de Wharton proposent quelques pistes, que nous avons souvent évoquées :

  • Le non profit et le financement philanthropique
  • Une stratégie de niche
  • Des parties payantes sur le web
  • La vraie participation de l’audience et l’engagement
  • Le commerce électronique


    Cette semaine, on apprenait que le Star Tribune était aussi proche de la faillite, et qu’un des deux grands quotidiens de Seattle risquait de disparaître.

    Même situation catastrophique au Royaume Uni : 2009 marquera la disparition de nombreux titres, prévient le Guardian qui ne voit « un futur que dans l’Internet. Et l’avenir c’est maintenant ». Analyse identique de PaidContent, qui défend l’option « tout Internet ».      

    Dans le même temps, le patron de Google, Eric Schmidt, continuait de dire que la disparition des journaux constituait une tragédie. Mais il a avoué dans Fortune qu’il ne savait  pas comment les aider et ne voyait toujours pas de bonne stratégie en place. En attendant, Epicenter, un des blogs du magazine Wired, lui donne  cinq bons conseils.

    Le débat imprimé/web n’est pas prêt d’être tranché, mais comme le capital-risqueur Fred Wilson, il est difficile de ne pas constater que « l’information qui circule via des réseaux ou dans l’air » est bien moins chère à produire et à distribuer que la presse imprimée, qui ne pourra sans doute pas continuer longtemps à concurrencer des formats numériques.