Les annonces de vendredi à l’Elysée concernent, dans leur immense majorité, des aides pour imprimer et distribuer les journaux « papier » à moindre coût. Elles sont beaucoup plus floues sur l’accompagnement de la migration vers le numérique, même si des mesures importantes vont permettre à la presse en ligne d’accéder à des avantages (statut, défiscalisation des dons).

     L’Etat ne peut ni ne doit s’immiscer dans les contenus, mais il faudra qu’ils changent, dans le fond et la forme, sinon l’offre faite à chaque jeune Français de bénéficier d'un abonnement gratuit à un quotidien de son choix pendant l'année de ses 18 ans, risque de tourner au ridicule pour les éditeurs.Le magazine américain, des élites de la côte Est,The Atlantic, trouve d’ailleurs que c’est une mauvaise idée (« donner des cassettes vidéo VHS va-t-il aider le cinéma ? »).  Quelques réactions sont aussi intéressantes sur le site du Poynter Institute.  Aux Etats-Unis aussi, un sauvetage de la presse écrite (« bailout ») est parfois évoqué. Les analystes interrogés par le New York Times sont dubitatifs sur le plan français

    Certains comme Jeff Jarvis, critiquent l’idée de subventionner la presse , et préfèrent, le cas échéant, orienter les fonds publics pour favoriser l’essor du « broadband », l’accès des classes populaires aux ordinateurs, l’aide plus directe aux développements technologiques des médias et à l’alphabétisation du public dans l’utilisation des outils numériques (« media litteracy »).   

     Le Guardian rend compte de cette aide en soulignant les handicaps spécifiquement français, rappelant que l’Etat assure déjà 10% du chiffre d’affaires de la presse française, et en notant l’absence de journaux populaires en France, contrairement à l’Allemagne et à la Grande Bretagne. 

     Au sein du pôle 3 des Etats-Généraux ("le choc d'Internet"), nous avions souhaité que les personnels des entreprises de presse soient accompagnés par les éditeurs dans leurs formations, voire reconversions, au numérique, et avions souligné l'importance de voir les départements technologiques et marketing des groupes de presse s'orienter énergiquement vers les nouvelles manières de s'informer de la génération Internet.

     Nous avions aussi plaidé (en vain pour l’instant) pour la création en France d’un laboratoire sur les nouveaux médias, associant tous les acteurs de notre nouvel écosystème (presse, vieux et nouveaux medias, publicité, pure-players, telcos ....) pour expérimenter, tester et échanger rapidement, tant la prise de conscience actuelle par les éditeurs et patrons de presse, ne nous semblaient pas à la hauteur des défis et opportunités de cette fameuse révolution numérique.

      En attendant, dans le Huffington Post, Monroe Price du “Center for Global Communication Studies at the Annenberg School for Communication” plaide pour une transition du journalisme vers le non-profit, hypothèse analysée ici l’été dernier.

     Le financement via la philanthropie, des fondations ou le mécénat, qui sera favorisé par de nouvelles mesures préconisées à l’issue des Etats-Généraux, gagne encore du terrain aux Etats-Unis. D’autres sauvetages ou prises de contrôle en cours sont le fait de très riches industriels, comme au Wall Street Journal (Murdoch), peut-être bientôt au New York Times (avec la progression du Mexicain Carlos Slim), et déjà chez France Soir, l’Evening Standard (avec l’arrivée d’oligarques russes), ou Les Echos (Bernard Arnault).