La semaine dernière, le New York Times a relancé le débat dans une tribune écrite par deux financiers de Yale, recommandant de faire passer les journaux sous le statut de fondations à but non lucratif comme nombre d’universités américaines.   

  

  « En faisant passer les sources de nos informations les plus précieuses sous le statut de fondations, nous les libèrerons des structures obsolètes de modèles d’affaires que ne fonctionnent plus, et nous leur donnerons une place permanente au sein de notre société, au même titre que nos universités (...) leur permettant aussi de servir le bien public plus efficacement ».   

     « Finies les pressions des actionnaires ou des annonceurs ». Il faudrait ainsi une dotation de 5 milliards de dollars pour faire vivre le New York Times (dont la rédaction coûte 200 mlns $ par an). Seuls quelques fondations et milliardaires en ont les moyens, estiment les auteurs, qui en appellent à des « philanthropes éclairés  pour agir maintenant ».  

    Quelques jours plus tôt, le Knight Digital Center estimait très probable le recours croissant de médias US à des donations de mécènes et de philanthropes. La Fondation Knight finance ainsi des opérations éditoriales locales, mais le plus souvent orientées vers l’utilisation des nouvelles technologiques numériques.

    Depuis le débat fait rage.

    Dans le magazine New Yorker, Steve Coll, ancien patron de l’information du Washington Post, a renchéri : « à court terme, il va y avoir très vite deux sortes de journaux non profit. Ceux qui l’auront délibérément  choisi et ceux qui n’en peuvent mais ». Le coût de la rédaction du Post était en 2005 autour de 120 millions de dollars par an. Depuis le grand quotidien s’est séparé de dizaines de journalistes, a coupé dans ses bureaux à l’étranger et supprimé des cahiers entiers du journal.      

     Coll, reconnaît que des initiatives intéressantes de journalisme émergent ici et là en ligne, mais, signe de sa génération, il estime aussi qu’ « il n’y a tout simplement pas aujourd’hui de substitut à la réflexion, au reportage et à l’observation, menés de manière professionnelle, sans répit et avec le sens de l’intérêt général, qui ont fait merveille depuis la fin de la seconde guerre mondiale dans les salles de rédactions américaines --jusqu’au début de la fin, vers 2005».     

     « Pour faire vivre le Washington Post, ajoute-t-il, il faudrait une dotation de deux milliards de dollars, soit 5% de la fortune de Warren Buffet », qui siège d’ailleurs déjà au CA du Post. Ou un coup de pouce de Bill Gates !

 

      Allison Fine, spécialiste des nouveaux médias, juge ces positions « complètement stupides ». « Au nom de quoi, les journaux seraient les seuls à demander des comptes aux gouvernants ? ». Elle s’insurge surtout sur deux choses : que les business non viables soient voués à devenir non profit et que dans la crise actuelle on leur donne des milliards de dollars.

      Un des sites de Slate, Big Money, a aussi critiqué cette « solution du jour » (en français dans le texte), estimant que les possibilités du web ont été, encore, insuffisamment exploitées, que les rédactions d’antan ne sont sûrement pas les plus efficaces aujourd’hui et que s’agenouiller régulièrement devant des bailleurs de fond n’est pas sain ... « Et, ajoute-t-il, quid de la couverture du sport ou du cinéma ? Est-ce bien du ressort du non-profit ? Quid des conseils en matière d’investissements financiers ? (...) Les journaux ne se vendent plus car les gens ne les jugent plus utiles ou nécessaires ».        

     

“La presse a été sur la défensive des décennies durant face à la vague technologique et maintenant qu’elle est submergée, nous sommes à la croisée des chemins. Mais, ce n’est pas parce que les vieux modèles d’affaires ne marchent plus pour l’information, que de nouveaux ne vont pas émerger ».   

                                           Papa gâteau      

    

« Les journalistes, comme la plupart des gens, aiment que les choses de l’avenir ressemblent à celles du passé; et un gentil milliardaire semble la bonne solution pour prolonger les normes journalistiques que nous avons connues. Mais avant que nous engagions dans cette voie, laissons une chance aux entrepreneurs. De nouveaux modèles seront au bout du compte une meilleure garantie pour un journalisme de qualité –et la démocratie— que des papas gâteaux. »  

     Cette position est mise en pièces par Portfolio, un des sites de Condé Nast, qui juge qu’on devrait, au contraire, donner sa chance au non profit.

     Sur son site, le New York Times publie des réactions riches et passionnées à la tribune des financiers de Yale.

     Au Canada, aussi, le débat est lancé. L’ancien patron du Toronto Star évoque toutes ces pistes ici . Il évoque les initiatives françaises des Etats-Généraux, juge primordial que nous restons dans nos sociétés bien informés et redoute, en l’observant, le recul du journalisme de qualité. 

    Mais, fait intéressant, depuis quelques jours, en Amérique du nord, le payant sur Internet fait son grand retour. Le directeur de l’information du New York Times, Bill Keller, l’envisage de plus en plus sérieusement.  

     C’est aussi l’analyse développée récemment sur le site du Knight Digital Media Center : « pour survivre, les journaux n’ont d’autres solutions que de faire payer leurs contenus sur Internet ».

  

     Force est de constater, toutefois, qu’à ce jour, les lois de l’offre et de la demande, n’ont pas validé cette option. En d’autres termes, le public,-- les jeunes en particulier-- , habitué à la gratuité sur le web, n’est pas disposé dans un avenir proche, à payer.