Jotman refuse de donner son nom, son âge, sa nationalité: il veut rester incognito et continuer de traverser les frontières, sans s’afficher comme journaliste, la meilleure manière pour lui de rapporter des scoops. Ce matin, le New York Times, commentant la condamnation récente de deux journalistes américaines en Corée du Nord,  a évoqué les dangers de ce type d’initiatives pour des journalistes inexpérimentés.

 

Nous avons interrogé Jotman à Helsinki:  

 

Quelle est la crédibilité des infos rapportées par des journalistes-citoyens sur les blogs ? 

 

« Il y a un système de +checks and balances+, de vérification inhérent à la blogosphère elle-même, à la communauté des blogueurs. Les autres blogs reprennent ce que vous écrivez et s’il y a une erreur ou un problème les lecteurs laissent un commentaire. Si un autre blogueur n’est pas d’accord, il peut aussi écrire sur son blog ce qu’il estime être la version correcte. Les blogs sont une communauté. Ils sont tous connectés les uns aux autres et ils se contrôlent sans cesse. C’est suffisamment élaboré. Bien sûr ce serait utile d’avoir un éditeur mais d’une certaine manière les mécanismes  de remontée de l’information du lecteur au blogueur, au journaliste-citoyen, sont meilleurs que ceux dont peut disposer le reporter d’un journal. »

 

Quelle différence entre le journaliste-citoyen et le journaliste ?

 

« Le journaliste-citoyen peut-être n’importe qui, tandis que le journaliste est en principe quelqu’un qui est dépendant d’une publication ou autre média. Le journaliste-citoyen peut lui-même se publier. La plupart sont honnêtes et présentent les faits du mieux qu’ils peuvent. Il y a un avantage à être journaliste-citoyen, car les autres journalistes sont  entravés par beaucoup de restrictions gouvernementales. Certains gouvernements leur refusent l’entrée du pays. Un journaliste-citoyen peut entrer comme un touriste et il peut alors rapporter ce qui se passe. J’essaie moi-même de rester blogueur tout en adoptant le professionnalisme du journaliste autant que possible. Je le respecte mais je ne veux pas perdre le contact avec les racines du blog.

 

Quel est l’avenir des journalistes blogueurs ?

 

Le journalisme du futur va de plus en plus ressembler aux blogs et les blogs de moins en moins au journalisme traditionnel. Les blogs deviennent un moyen de distribuer de l’information. La plus grande personnalisation du style dans les blogs, l’accent mis sur le direct  etc…sont attractifs. Le système de vérification et de contrôle par la blogosphère sont un véritable atout pour le journalisme traditionnel qui pourrait s’en inspirer avec profit.

Il y a une relation symbiotique entre les journalistes et les blogueurs. Les blogueurs dépendent beaucoup de la vision des journalistes et les journalistes puisent des idées en lisant les blogs. Ca marche dans les deux sens.  Le journaliste traditionnel doit comprendre que lorsqu’il bénéficie de l’aide d’un blog ou lorsqu’un blogueur lui apprend quelque chose il ne doit pas en avoir honte, il ne doit pas être gêné de faire référence à un blog dans son papier. J’ai l’impression que les journalistes craignent encore de trop citer un blogueur. J’espère que cela ne durera pas trop longtemps.

 

(par François Campredon, Directeur du bureau de l’AFP Stockholm)