Plus sérieusement, à Beyrouth, comme à New York, Toronto, Copenhague, Londres, Prague, Zagreb, Bruxelles ou Paris, il est frappant de constater le fossé qui persiste, partout, entre les professionnels des médias traditionnels, inquiets et sur la défensive, et des blogueurs, certes lucides sur leur influence limitée, mais qui inventent, avec facilité et jubilation, la grammaire des nouveaux médias, des échanges, de la circulation de l’information.

    Lors d’une réunion informelle et inédite de blogueurs libanais, réunis mardi soir à l’initiative de Philippe Couve (RFI, l'Atelier des Médias) et Pierre Haski (Rue89) via Twitter et Facebook, une trentaine d’entre eux ont échangé et ont raconté comment, dans ce pays instable, ils préféraient souvent aborder les problèmes du Liban par le biais des problèmes de société, et non frontalement par la politique, notamment en raison d’un durcissement de pressions multiples qui semble rendre plus difficile la possibilité de bloguer.


(Maya Zankoul)


Extraits :

« Au Liban, il y a saturation de médias et de dizaines de sites contrôlés par les partis politiques. Pas besoin d’en rajouter ! »

« De toute façon, les blogs n’ont pas trop de problèmes politiques, car on peut pas dire pire que dans les médias, où on dit absolument n’importe quoi ! »

« Les échanges et les commentaires sur les blogs libanais sont aussi une manière de court-circuiter les puissances locales pour que les gens cessent de n’avoir comme seul recours d’aller se plaindre aux chefs de clans ».

« C’est mieux de se battre dans les commentaires que dans la rue ».

« Les partis politiques sont conscients du phénomène et ont déjà commandité des études à des firmes spécialisées pour suivre ce qui se dit sur les blogs ».

« Les Libanais ne vont pas beaucoup sur les blogs, ils préfèrent Facebook, adopté ici bien plus tôt qu’en France (...) Le Liban n’est pas un pays de culture écrite et personne ne vit des blogs ici».

     Mais le Liban souffre encore de connexions Internet lentes et attend toujours la 3G pour la téléphonie mobile. Plusieurs universités ont d’ailleurs interdit aux étudiants l'accès à Facebook, qui monopolisait la bande passante disponible. Sans compter dans la journée, de fréquentes coupures de courant. D'une manière générale les sites des médias traditionnels sont encore assez pauvres et les ressources qui leur sont dédiés trop maigres.

     A noter enfin, une confirmation du recul de la francophonie, puisque cet échange entre blogueurs s’est fait en grande partie en... anglais.

Quelques blogs libanais :