Gratuité: dialogue de sourds en Avignon
Prévisible, mais édifiant ! Poliment, mais clairement, les étudiants de l'Université d'Avignon ont montré aux patrons de presse, de radio, de TV et aux ministres, qui planchaient devant eux vendredi soir, qu'il n'entendaient pas payer pour des contenus sur Internet.
"Qui d'entre vous est prêt à payer sur Internet?" a tenté Axel Ganz, ancien patron de Prisma Presse. 200 étudiants, pas une main levée. Pire, toutes les questions, ou presque adressées aux professionnels ont eu trait à l'incapacité des médias traditionnels à répondre aux attentes et aux nouveaux usages de la génération Internet.
Dans le cadre du 2ème Forum d'Avignon (Culture, économie, médias), Francis Morel, patron du Figaro, a eu beau expliquer :
"l'information fiable est chère à produire. Elle ne peut être durablement gratuite".
"C'est une utopie. Ce n'est pas jouable. Au bout du compte, il y a toujours quelqu'un qui paie. Et entre temps, des pans entiers de la culture se seront effondrés. La gratuité du système comme principe, ce n'est pas possible, ca ne tient pas la route".
"En plus, quand les choses deviennent gratuites, elles perdent de leur valeur. Le tout gratuit, c'est la négation de la valeur".
En fait, c'est un patron de presse suisse, Christian Unger, pdg du groupe Ringier, qui, le premier, a cédé: "Je ne pense pas qu'on va arriver à le faire passer en payant".
La télévision est-elle un média de vieux?
"C'est pas complètement faux", a répondu le patron de France 24, Alain de Pouzilhac, en expliquant que l'âge moyen des téléspectateurs des chaînes d'infos en continu, les fameux leaders d'opinion, était compris entre 35 et 65 ans. "Sur le web, les leaders d'opinion sont deux à trois fois plus nombreux et ont entre 15 et 50 ans !".
La radio souffre-t-elle de la concurrence d'internet?
"Oui, après avoir bien résisté, l'audience de la radio commence à s'éroder. Cela devient préoccupant", a commenté Rémy Sautter, président du conseil de surveillance de RTL, dont 10 à 12% de l'audience est réalisée sur Internet. "De plus en plus de groupes de musique sont connus via Internet et ne sont même pas passés par la radio", a-t-il regretté.
En face, Simon Istolainen, le jeune fondateur de MyMajorCompany et pdg de PeopleForCinema a expliqué qu'il utilisait, lui, Internet comme un média de financement de ses contenus via l'audience ("crowdfunding"). Il a ainsi récolté plus d'1,5 million d'euros pour financer des groupes de musique.
Mais le ministre de la Culture et de la Communication a aussi estimé qu'un autre débat méritait d'être ouvert: "il y a dans l'usage de d'Internet des aspects liberticides, car on peut y dire n'importe quoi et diffamer sans sanction". Pour Frédéric Mitterrand, le lynchage et la gratuité sont les deux problèmes d'Internet.




Comments
Ce débat commence à être lassant. S'il était techniquement possible de faire payer les gens et d'enfermer le contenu (si précieux) de tous ces journaux derrière un mur de Berlin, les propriétaires de médias, type Murdoch, l'auraient déjà fait!
J'y étais et je trouve que le fond reflète une volonté de faire de la gratuité, et du coup l'"irresponsabilité" de ces jeunes, le nouveau A1H1 des médias. Mais leurs modèles restent selon eux indiscutables, comme si l'apparition du cinéma n'avait pas bousculé le théâtre, comme si la télé n'avait pas bousculé les médias qui l'avaient précédée...
Les grands absents de cette discussion : le consommateur, la raison d'être des médias, et les producteurs des contenus.
Pendant que tout le monde somatise en regardant mourir le print personne ne semble constater qu'en même temps les opérateurs telecoms gagnent pres de 3 milliards d'euros par an rien qu'avec les SMS! Et ca n’est presque que de la marge nette!
le consommateur consolide sa depense multimedia globale (contenu+acces au contenu) et cette depense n'est pas extensible. il faut revoir la repartition entre les fournisseurs de contenu et les fournisseurs de transports des données numeriques (voix, web, vidéos, son...).
imaginez que dans le print les papetiers fassent fortune pendant que les editeurs fassent faillite. on verrait immediatement les editeurs monter au creneau contre ce genre de racket! Dans le numerique, non! Pourquoi???
Que les telecoms arretent d’escroquer les editeurs et les consommateurs!
il me semble que la solution serait que les consommateurs à depense constante puissent financer le contenu par une baisse des marges des transporteurs et un forfait contenu illimité. qu'en pensez vous?
cout des SMS :
source:
http://www.numerama.com/magazine/95...
"A un prix moyen de 10 centimes le SMS, les trois opérateurs télécoms ont gagné environ 223 millions d'euros de chiffre d'affaires par mois grâce aux textos. Mais combien l'envoie de ces messages leur coûte-t-il ?
(...)
Ce qui ramène le coût du SMS à.... 0,000017 euros l'unité... 5882 fois moins cher"
Petite histoire banale. Je suis devenu journaliste dans un garnd magazine informatique en 1983.... Le rédacteur en chef m'a accueilli, de la même manière qu'il accueillait tous les jeunes journalistes en me posant une question: pourquoi les lecteurs lisent-ils le magazine? Un peu fanfaron, je repondais... parce que mes articles sont bien rédigés, parce je comprends plutôt pas mal la technologie et parce que je vais rechercher le scoop, la bonne information avant les autres...D'un regard amusé il m'a dit: Dis toi que les lecteurs du magazine sont interessés par deux choses: les petites annonces d'emplois et la bande dessinée (qui était fameuse à l'époque). Pour ce qui est des petites annonces d'emploi, après quelques temps passés dans le magazine, je me suis rendu compte que c'était la véritable "vache à lait" du magazine, qui faisait vivre le groupe tout entier... Il concluait en disant: nous sommes des marchands de papier....
Et puis Interet est arrivé, les petites annonces se font maintenant en ligne et le papier a disparu... Mais la presse a conservé son esprit de marchand de papier...